Jeudi 13 octobre 2011 — Dernier ajout vendredi 4 septembre 2015

l’église d’Autrêches Enregistrer au format PDF

l'église d'Autrèches
l’église d’Autrèches

Village d’Autrêches

Le village d’Autrêches est remarquable par sa magnifique église, que signale au loin son charmant clocher formé d’une pyramide octogonale, à parois dentelées, construite en 1520. Ce monument porte les caractères de l’époque ogivale et de la Renaissance.

Une crypte du style roman existe sous le chœur de l’église ; des escaliers latéraux conduisent dans cette chapelle souterraine, qui mérite de fixer l’attention des archéologues.
La seigneurie d’Autrêches dépendait de la châtellenie de Pierrefonds, et appartenait au XIIe siècle, à Guy de Nanteuil ; son fils, Gaucher d’Autrêches, fut un des hommes les plus vaillant et les plus éclairés de son siècle ; il fut châtelain de Bar, et avoué de Vic-sur-Aisne.
La seigneurie passa à la maison de Coucy ; Jeanne de Coucy, fille aînée d’Enguerrand de Coucy, épousa en 1351, Jean de Béthune et lui apporta en dot la seigneurie d’Autrêches et une partie de celle de Condé.

Catherine de Béthune, fille d’Isabeau d’Estouteville et de Jean II de Béthune, hérita de la terre d’Autrêches et l’apporta en mariage à Jean de Hennin-Bossut.
En 1552, François de Bosbie de Poulandon était seigneur d’Autrêches. En 1649, Dominique de Vic, seigneur d’Ermenonville, possédait cette terre.
Elle appartint ensuite à la famille de Louvel qui a pris vers 1820, le nom de Lupel, après l’assassinat du duc de Berry.

Le village d’Autrêches eut une maladrerie fondée et dotée par les seigneurs, et dont les biens furent réunis en 1695, à l’hôpital de Blérancourt avec ceux de la maladrerie de Berneuil-sur-Aisne. Mais sur les représentations des administrateurs de l’hôpital de Soissons, appuyées par l’évêque et par l’intendant Lepelletier de la Houssaye, le Conseil d’Etat décida le 4 mai 1697, que les biens et revenus des maladreries de Berneuil et de Vic-sur-Aisne seraient réunis à l’hôpital général de Soissons, à la charge de satisfaire aux prières et aux fondations, puis de recevoir les pauvres malades de ces paroisses.

Ce décret fut confirmé par Louis XIV dans ses lettres patentes données à Versailles, au mois de décembre 1679, et enregistrées au Parlement le 17 février 1698.
12 Novembre 1914…
…le jour où notre Eglise fut détruite…
Après la bataille des frontières les Allemands ont foncé sur PARIS.
Le 31 août 1914, après avoir fait 40 km dans la journée en talonnant les Ecossais du « Royal Scotch bataillon », ils bivouaquent à Autrêches.

Mais le 11 septembre, après la bataille de la Marne, le mouvement s’inverse et c’est au tour des Allemands de refluer précipitamment, suivis de près par les Français.
Ils arrêtent leur retraite le lendemain devant Morsain, au bord du plateau Sud d’Audignicourt et de Vassens.
Huit jours plus tard c’est la grande et sanglante bataille d’Autrêches : au soir du 20 septembre l’ennemi reprend Autrêches, Chevillecourt et la ferme de Saint Victor. _ Dans les gigantesques carrières leurs premières lignes peuvent s’abriter. Ils ont donc un avantage stratégique considérable et cette position leur offre un belvédère sur la Vallée de l’Aisne.
Au début de novembre le commandement français décide de les déloger. Les 44e et 60e régiments d’infanterie reçoivent la mission de progresser de part et d’autre de Saint-Victor.
Le 12 novembre l’attaque est déclenchée à 8 heures. Seule de toute la ligne d’attaque, la gauche du 3e bataillon du 60e peut gagner quelque terrain mais comme sa droite ne suit pas, ceux qui restent reviennent sur les positions de départ : l’échec est total.
L’attaque est renouvelée l’après-midi avec un quart d’heure de préparation d’artillerie mais encore une fois l’attaque est brisée.

Dans le seul 60e, 285 combattants sont tués, blessés ou portés disparus.
Parmi eux il y eut quelques prisonniers. L’un d’eux, Frédéric Delouvrier, a laissé un écrit détaillé de cette mémorable attaque. En voici quelques passages..

Extraits du journal de Frédéric Delouvrier :
« Avec une promptitude inespérée, tout le monde s’élança hurlant en avant ! à la baïonnette !… ce qui fût à mon avis une grande imprudence, car, je suis certain que si nous étions partis sans bruit, sans crier, nous aurions surpris dans leur tranchée les Allemands en train de déjeuner avec un morceau de pain et de lard. Mais à nos cris, ils ont tout quitté, et pendant qu’une partie nous tirait dessus, les autres se sauvaient de tous côtés. A notre gauche par côté se trouvait un petit bouquet de bois à la lisière de laquelle il y avait une tranchée allemande solidement abritée dans laquelle étaient braquées plusieurs mitrailleuses.
A peine avions-nous fait 20 mètres, que, pris sous le feu de ces mitrailleuses, plus de la moitié des hommes de ma section tombaient comme si une même balle les eût touchés tous ensemble ; ce qui cependant n’arrêtait pas les autres, qui, affolés, continuaient leur assaut contre la tranchée à prendre. Mais beaucoup encore restaient en route, pris sous le feu des Allemands qui n’avaient pas abandonnés la tranchée et des mitrailleuses qui continuaient leur tir. Enfin ceux qui arrivaient les premiers sautaient dans la tranchée fusillant à bout portant et embrochant cruellement les nombreux Allemands qui étaient restés pour nous tirer dessus et couvrir la retraite de ceux qui se sauvaient.

Mais, de la tranchée d’avant, les Allemands s’en aperçurent et dirigèrent leur feu à l’endroit même où ils m’avaient vu bouger. J’enfilai mon fusil dans un créneau pour leur riposter et je tirai sans trop viser jusqu’au moment où je ne puis me servir de mon fusil qui s’était rempli de terre, projetée par les balles, et dont le mécanisme ne fonctionnait plus. J’avais mon sac sur le dos. Plus de 20 balles l’ont traversé, je dis 20 pour ne pas dire davantage car je ne veux rien exagérer, toujours est-il que mon bouteillon qui était fixé sur mon sac, était criblé comme une passoire et que mon sac et les couvertures qui y étaient après, étaient en lambeaux.

Comme je l’avais prévu, les Allemands ne voyant plus rien bouger, allaient contre-attaquer, ce qui était facile du reste. Mais auparavant ils eurent soin de bombarder efficacement la tranchée, ce qui eut pour résultat d’achever quelques blessés et de réduire en bouillie plusieurs morts. C’est pendant le bombardement que je fus atteint par deux Shrapnels, dont un sur la main gauche et l’autre sur la jambe droite. Comme une trombe, une masse de soldats Allemands arrivèrent jusqu’à la tranchée derrière laquelle j’étais. J’attrapai mon fusil de ma main gauche blessée pour pouvoir me servir de la baïonnette une dernière fois si l’occasion se présentait avant de me laisser tuer. J’espérais faire payer ma vie cher, ne comptant pas du tout être fait prisonnier après une lutte aussi acharnée dans laquelle, eux aussi, avaient beaucoup de pertes…

Le premier Allemand qui m’aperçut, (je le reconnaîtrais dans un mille) me mit en joue et ne tira pas. Il s’efforça de me faire des signes et de me parler en gesticulant, mais en vain, car je ne compris pas et restais immobile. C’est grâce à un de mes camarades que j’ignorais là, qui parlant un peu allemand, s’était déjà rendu, que je pus comprendre qu’il me disait de lâcher mon arme et de lever les bras si je voulais être fait prisonnier. Je ne pris pas le temps de réfléchir, je me rendis aussitôt ne pensant pas rester prisonnier mais être fusillé sitôt après avoir été interrogé. Des soldats Allemands, ceux qui nous avaient fait prisonniers, reçurent l’ordre de nous conduire à Autrêches, ce qui n’était pas chose facile, car il y avait beaucoup de danger. Nos canons 75 et même les grosses pièces tiraient sans discontinuité sur les tranchées de défense d’Autrêches. Il fallait pour ne pas risquer d’être atteint par les obus qui tombaient épais, suivre tout le temps la tranchée de défense, qui était une tranchée joliment bien aménagée. Là encore, j’eus à nouveau une surprise agréable. Tous les soldats avaient quelque-chose à nous offrir et nous obligeaient d’accepter : les uns des cigares, d’autres des dragées, d’autres encore du café ou de la boisson. C’est à ne pas y croire et c’est à peine si nous osions les regarder. C’était humiliant d’accepter, étant convaincu qu’ils voulaient tout simplement nous narguer et nous braver. Mais pas du tout, ils étaient sincères car ils avaient pitié de nous, nous voyant tous blessés, les effets remplis de sang et de boue, tous malades, blancs comme des déterrés et complètement désorientés.

Enfin nous arrivons aux premières maisons d’Autrêches. Les obus tombent de plus en plus fort. Nous ne pouvons plus avancer qu’en rampant de maison en maison le long des murs pour nous engouffrer dans une grange que les obus ne peuvent atteindre à proximité du poste de secours.

Comme dans la tranchée, les soldats nous entouraient de soins, nous offrant à manger et à fumer et nous apportant de l’eau fraîche pour boire et nous laver un peu. Mais aussitôt vinrent nous rejoindre une trentaine de soldats qui chargèrent leur fusil devant nous. Nous nous mîmes à trembler, croyant qu’ils allaient nous fusiller là. Mais ils ne s’occupèrent même pas de nous et repartirent aussitôt. On fit appeler tous les blessés qui furent conduits un à un auprès des médecins qui leur firent de suite et soigneusement un premier pansement. Les plus blessés furent conservés pour être conduits en voiture dans un hôpital, et ceux qui, comme moi, n’étaient que légèrement blessés, rejoignirent dans la grange ceux qui n’avaient pas de blessures du tout. Pendant environ deux heures que nous sommes restés là, les obus tombèrent comme grêle peu loin de nous, faisant tout trembler, réduisant en miettes les maisons, et c’est là que je vis le joli clocher d’Autrêches, après qu’une quantité d’obus l’eurent traversé, s’abattre avec un fracas épouvantable, les débris arrivant jusqu’à nous qui étions à cent mètres de distance »

François LEBEE