Jeudi 13 octobre 2011 — Dernier ajout samedi 9 mars 2013

L’église de Rethondes Enregistrer au format PDF

L église de Rethondes
L église de Rethondes
Extrait du récit de Monsieur Austrucq, Chef de gare à Rethondes le 11 novembre 1918. « Progrès de l’Oise » pour le 11 novembre 1949.

… à tous ceux qui attendaient comme moi depuis quatre ans. … Vers 6 h 35, la sonnerie du téléphone retentit. Le capitaine avait tenu promesse. L’écouteur à l’oreille, je l’entendis qui me priait de prendre du papier et un crayon. Il commença à me dicter le communiqué de notre victoire. Ma main tremblait. Bientôt je ne fus plus capable d’écrire tout ce qu’il me dictait. Mais j’avais le principal : signature de l’armistice, cessation des hostilités à 11 heures, retrait des troupes allemandes, remises d’armes de canons de matériels divers, etc. Cette liste était devenue trop longue. Je remerciai le capitaine, et - c’était peut-être enfantin - je lui criai : « Vive la France » comme cela au téléphone.

Au comble de la joie, je me précipitai sur le quai, annonçant à tous la grande nouvelle. Deux fusils se trouvaient dans mon bureau. Je les pris, je vidai les magasins, en tirant en l’air, vers la forêt qui se trouvait en face. Ayant informé les soldats de passage, je leur conseillai d’aller sonner les cloches de l’Eglise de Rethondes. Bientôt, au-delà de la rivière je les entendais qui commençaient à sonner, donnant le signal de l’allégresse à toutes leurs soeurs de France.

Des trains passèrent chargés de troupes jusque sur les marchepieds. Dès qu’on leur apprenait la nouvelle, les soldats arrivaient munis de cartes postales de Rethondes et me demandaient d’y apposer le timbre à date de la gare, d’autres, présentaient une page de leur livret militaire. La gare de Rethondes était devenue historique grâce à son épi de tir. »


-  Relation recueillie le 7 décembre 1984 
De Monsieur Charles Béjot 
Né le 25 Novembre 1911 à Rethondes.
Puis vint le grand jour : un jour comme les autres, il faisait beau, c’était l’été de la Saint Martin… Ce fut le 11 Novembre, la signature et la grande joie : au village ce fut Gaston Richard qui devint chef sonneur, pourvoyeur en soldats oisifs et en pinard de l’intendance ; ils sonnèrent tant que deux cloches y perdirent leur voix. Elles furent refondues longtemps après…

Les cloches de Rethondes :
C’est cette cloche « Charlotte Elisabeth » qui sonne le plus souvent pour les cérémonies et les offices.

cloches de Rethondes img1
cloches de Rethondes img1


L’année de N.S. Mil neuf cent trente, j’ai été bénite par Monseigneur LESENNE, évêque de BEAUVAIS, l’abbé FRUCHAUT, curé et nommée CHARLOTTE ELISABETH, par mon parrain le Comte de l’aigle, conseiller Général de l’Oise et maire de Rethondes et ma marraine Madame la comtesse de l’Aigle, née COLBERT, A. BEJOT, adjoint, J. BATAILLE, M GUNTZBURGER, F. LEFEVRE, M. PRIEUR, A. RICHARD, G.RICHARD, M. RUFFIN conseillers municipaux.


Celle-ci « Jeanne Françoise » a sonné l’Armistice. Ayant affaire à des gens solides mais peu expérimentés et souffrant d’une faiblesse reconnue par le sonneur, elle s’est vite retournée et s’est tue ce qui lui a valu d’être encore là aujourd’hui. Si elle se retourne la corde se bloque, on ne la sonne plus.

cloches de Rethondes img
cloches de Rethondes img
  • L’an 1821, j’ai été bénite par Monsieur LEPOT, curé de Rethondes et desservant Saint Crépin. Je suis nommée JEANNE FRANCOISE. J’ai pour parrain Monsieur François LEBEL, propriétaire au dit lieu et pour marraine Jeanne LE CARON de MAZENCOURT. Mariot Adjoint, SYMBOZEL, Louis CABOIS, BOULLIAU, Conseillers. Ch. CUVILLER à SOLENTE.   (Jeanne LE CARON …. 1770- 1855)   (François LE BEL …. 1767 - 1846) - tombes place de l’Eglise et plaque 
  • En 1930, j’ai été bénite par Mgr LESENNE, év. de BEAUVAIS, Abbé FRUCHAUT, curé et nommée MARIE-LOUISE-HENRIETTE par mon parrain le Comte de l’Aigle et mes marraines Marie-Louise et Henriette* de l’Aigle. « En mémoire des enfants de Rethondes morts pour la France. Souvenez-vous d’eux dans vos prières.** »

* Madame de Grammont et sa sœur … ** Ces deux cloches ont été bénites en mars 1932

Le texte écrit sur les cloches a été relevé par Messieurs Jacques Chauveaux et Gérard Béjot et les photos prises à cette occasion. Pour lire des cloches en place il faut être trois : deux acrobates dans le beffroi et un secrétaire pour noter le texte, ce qu’ils ont fait.

Relation recueillie le 7 décembre 1984  De Monsieur Charles Béjot

Né le 25 Novembre 1911 à Rethondes
_ (Extraits)
… Et le printemps (1918) était revenu après la dure année 1917, les allemands poussaient leur effort, si bien qu’au mois de juin il fallut évacuer, point de ralliement Senlis, les étapes dans les granges, puis monter dans les wagons à bestiaux avec de la paille, ravitaillement en cours de route pour aller à Dax (Landes). A l’automne, le retour fut plus rapide.
Nous nous installons à Vieux - Moulin chez ma grand-mère. La vie reprenait : mon père, réformé temporaire, allait travailler à Rethondes car les couvertures des maisons en avaient pris un coup : ardoises en papier goudron, etc… A cause de l’Aisne, Rethondes n’était pas encore autorisé à être habité, mais les gens s’en moquaient et rentraient chez eux.
Puis vint le grand jour : un jour comme les autres, il faisait beau, c’était l’été de la Saint Martin… Ce fut le 11 Novembre, la signature et la grande joie : au village ce fut Gaston Richard qui devint chef sonneur, pourvoyeur en soldats oisifs et en pinard de l’intendance ; ils sonnèrent tant que deux cloches y perdirent leur voix. Elles furent refondues longtemps après…

Le 11 novembre 1918 :
Le chef de Gare de Rethondes laissa exploser sa joie en faisant sonner les cloches de l’Eglise.

« A l’automne de 1918, je fus désigné pour remplacer le chef de gare de Rethondes qui partait en congé. J’étais loin d’imaginer qu’étant appelé à assurer le service de cette gare je serais le témoin d’évènements aussi considérables. Un matin, un coup de téléphone m’avisa qu’un train dans lequel se trouvait le Maréchal Foch allait venir en gare et que je devais, dès son arrivée, le diriger sur les voies de l’épi de tir.

_ Quelques heures après, j’étais avisé qu’un second train, dans lequel se trouvaient les Allemands, me parviendrait et que, dès son arrivée, je devais le refouler sur la voie parallèle à celle où était placé le wagon du Maréchal. Ces trains arrivèrent successivement, celui des Allemands le dernier. Je les aiguillai selon les instructions données.

Dès que le wagon du Maréchal fut mis en place, un officier télégraphiste vint me demander où il fallait qu’il installe l’appareil téléphonique reliant le wagon du Maréchal avec la gare. Je lui désignai la table se trouvant dans le bureau du chef de gare et où j’avais installé mon lit de camp.

Puis le soir vint et, par une nuit brumeuse et humide, la gare de Rethondes rentra dans le calme impressionnant. Sur mon lit de camp je ne pouvais m’endormir. Ma curiosité me faisait échafauder des hypothèses. J’étais presque certain que la guerre allait finir, mais ce presque était encore une incertitude insupportable.

Le jour venait, petit à petit la tentation de connaître le but de cette réunion était pour moi de plus en plus forte. Je pris l’écouteur du téléphone. Rien, personne ne parlait sur la ligne, ni en allemand, ni en français.

Vers 6 heures 15, après avoir allumé ma lampe, je me levai sans avoir fermé l’œil. N’y tenant plus, je tournai la magnéto d’une main tremblante ; On me répondit aussitôt. Je demandai à qui j’avais l’honneur de parler en disant « Ici le chef de gare » Un capitaine d’état major m’a répondu aimablement. Je m’excusai de mon indiscrétion et lui demandai s’il était possible de savoir ce qui s’était passé cette nuit sur l’épi de tir. L’officier me pria de ne pas m’impatienter et me promit de me rappeler dès qu’il aurait le communiqué qu’on préparait. Je raccrochai. J’avais le cœur qui battait. Je me disais : « Dans quelques instants j’apprendrai la bonne nouvelle. » Et je pensais à tous ceux qui l’attendaient comme moi depuis quatre ans.

Vers 6 h 35, la sonnerie du téléphone retentit. Le capitaine avait tenu promesse. L’écouteur à l’oreille, je l’entendis qui me priait de prendre du papier et un crayon. Il commença à me dicter le communiqué de notre victoire.

Ma main tremblait. Bientôt je ne fus plus capable d’écrire tout ce qu’il me dictait. Mais j’avais le principal : signature de l’armistice, cessation des hostilités à 11 heures, retrait des troupes allemandes, remises d’armes de canons de matériels divers, etc. Cette liste était devenue trop longue. Je remerciai le capitaine, et - c’était peut-être enfantin - je lui criai : « Vive la France » comme cela au téléphone.

Au comble de la joie, je me précipitai sur le quai, annonçant à tous la grande nouvelle. Deux fusils se trouvaient dans mon bureau. Je les pris, je vidai les magasins, en tirant en l’air, vers la forêt qui se trouvait en face.

Ayant informé les soldats de passage, je leur conseillai d’aller sonner les cloches de l’Eglise de Rethondes. Bientôt, au-delà de la rivière je les entendais qui commençaient à sonner, donnant le signal de l’allégresse à toutes leurs soeurs de France.

Des trains passèrent chargés de troupes jusque sur les marchepieds. Dès qu’on leur apprenait la nouvelle, les soldats arrivaient munis de cartes postales de Rethondes et me demandaient d’y apposer le timbre à date de la gare, d’autres, présentaient une page de leur livret militaire. La gare de Rethondes était devenue historique grâce à son épi de tir. »   _ D’après les déclarations de Monsieur Austrucq, Chef de gare en poste à Rethondes le 11 novembre 1918.  
Les cloches de Rethondes

L’année de N.S. Mil neuf cent trente, j’ai été bénite par Monseigneur LESENNE, évêque de BEAUVAIS, l’abbé FRUCHAUT, curé et nommée CHARLOTTE ELISABETH, par mon parrain le Comte de l’aigle, conseiller Général de l’Oise et maire de Rethondes et ma marraine Madame la comtesse de l’Aigle, née COLBERT, A. BEJOT, adjoint, J. BATAILLE, M GUNTZBURGER, F. LEFEVRE, M. PRIEUR, A. RICHARD, G.RICHARD, M. RUFFIN conseillers municipaux.

« Notre Dame de la Paix - Priez pour nous » - « 20e Anniversaire de l’Armistice 1938 » Vitrail au devant du chœur de l’église de Rethondes.

« 1938 : Pour le vingtième anniversaire de l’Armistice, c’est une occasion rêvée, les vitraux sont délabrés, le curé de l’époque, le Père Martinet, lance une souscription, organise une kermesse, pour établir un vitrail dans le chœur de l’église, au dessus du maître-autel, à l’invocation de Notre Dame de la Paix, entourée des signes que cela représente et en médaillon on voit une évocation des artisans français de la paix, le Maréchal Foch, le général Weygand et une vue du wagon. Cela nous vaut une mention au guide Michelin. Ce vitrail est l’œuvre de Vosch. Il a coûté 5 350 francs. »

En complément, le 8 septembre 2010, pour un ami :

Dans ce vitrail, à gauche, il s’agit bien de Notre Dame de la Paix qui tient un rameau d’olivier, en dessous le violoniste qui, je pense, représente les arts en général, qui peuvent s’exprimer. A droite le semeur, la récolte des fruits, les fleurs et les légumes. La famille représentée par la mère et les deux enfants. On peut penser aussi à une représentation des saisons.

Cette église, le bâtiment, est dédiée (consacrée à … lors de la cérémonie de la dédicace) à l’Assomption de notre Dame, le 15 août (Une fête de la Saint Vierge initiée dès le VI° siècle et remise en honneur par le vœu de Louis XIII en 1638 …). La paroisse, quand à elle, est à l’invocation de Saint Pierre et Saint Paul, d’où les vitraux latéraux, à gauche, Saint Pierre près de sa barque avec en médaillons les deux derniers papes Pie XI et Pie XII et au dessus Sainte Thérèse de Lisieux (canonisée en 1925) et à droite Saint Paul, sur le chemin de Damas, avec en médaillons les deux derniers évêques du diocèse de Beauvais, messeigneurs Le Senne et Roeder, avec en médaillon une sainte picarde. Ils ont été établis en 1943 ou 1944.

Il me semble que le vitrail de Saint Hubert a été offert par des chasseurs. En médaillon sont représentés l’aviateur Georges Guynemer (Compiègne) et Jeanne Hachette (Beauvais), héros locaux. Le troisième médaillon étant occupé par Jean-Marie Vianney, curé d’Ars (canonisé lui aussi en 1925).

Le chœur a été construit à ‘époque de Philippe IV le Bel.


L’autel : il a été établi en 1920. Il est construit en pierre de taille venant très probablement de ===== : Bonneuil en Valois, tout comme la pierre du Monument aux Morts, construit à lamême époque et par le même artisan, dans la forme que nous voyons, sur des dessins du curé de l’époque, le Père Ancelin qui avait visité plusieurs abbayes pour s’imprégner de l’architecture cistercienne en matière de mobilier de chœur : un maître autel dont la table est monolithe et le pied fixé au sol, au profil très dépouillé, sans ornements …

Dans les années 1980 il y a eu de nombreuses modifications à l’église. Le sol a été changé, la nef a été nettoyée de ses enduits et les joints repris. L’autel existant a été déplacé, approché, et reposé de telle façon que l’on puisse facilement en faire le tour et surtout qu’il soit facile de dire une messe face au peuple.

fenêtre XI°
fenêtre XI°

L’ensemble de l’autel a été déposé. En le démontant nous avons trouvé une douille d’obus de 75 remplie de charbon de bois et une feuille de papier roulée dans une enveloppe et sur lequel était écrit :

« + L’an mil neuf cent vingt, le trente novembre, cet autel a été construit par Arthur Béjot, entrepreneur de maçonnerie, né le 6 décembre 1882 et Joseph Béjot son père né le 10 juillet 1853 aidés par Arthur Prieur, maçon, né le 20 décembre 1903.

Vitraux Rethondes
Vitraux Rethondes

Benoit XV étant Souverain Pontife, régnant à Rome Alexandre Millerand étant Président de la République Française Charles, Comte de l’Aigle, étant maire de Rethondes Eugène Stanislas Le Senne étant Evêque de Beauvais, Noyon et Senlis Eugène Ancelin qui dessina cet autel, étant curé de la paroisse On érigea cet autel en remplacement d’un autre autel du XVIII° siècle en bois, tombant de vétusté, pour commémorer la signature de l’armistice dans la forêt non loin d’ici et remercier Dieu de la victoire qui mit fin à la guerre. + 

Sur la face de l’autel figurent deux écussons représentant des armoiries :

Celui de droite : les armoiries de Monseigneur Le Senne Evêque de Beauvais, Noyon et Senlis de 1915 à 1937 …

Sur l’écusson : « Hermines en chef » c’est un breton En dessous ; la mer et un filet. Sa devise : « IN VERBO TUO LAXABO RETE » « Sur ta parole je jetterai le filet » Luc V 5.

Celui de gauche : Armoirie des Acres de l’Aigle :

L’écusson : « D’argent aux trois aiglettes de sable » La devise : « VIRTUS SINE FUCO ». « La force, la bravoure, le courage, franchement. »

La table de l’autel est monolithe et porte une gravure sur la longueur de son périmètre haut et deux petites au bas de chaque côté. Sur la table sont gravées les 5 croix de consécration et sont incrustées des reliques … Sur la face côté nef figure un chrisme (un X et un P entrelacés, initiales de Christ en grec) très visible.

Sur l’autel différentes inscriptions ont été gravées qui sont toutes mentionnées dans le texte ci-dessous : (et dont j’aimerais avoir la traduction complète, je ne suis pas épigraphiste …)

En commençant par le côté droit on peut lire :

+ ANNO DNI (DOMINI) 1920 DIE 30 NOVEMBRI HOC ALTARE SUMPTIBUS + L’ANNEE DU SEIGNEUR 1920 LE JOUR DU 30 NOVEMBRE CET AUTEL

CLARORUM D.D. (DONUM DEDIT) DE L’AIGLE . . . TUM . . . REVERMUS IN DE L’AIGLE . . . DANS LE

XTO (CHRISTO) PATER EUGENIUS LESSENNE EPS (EPISCOPUS) BELVACEN CHRIST LE PERE EUGENE LESESSE EVEQUE DE BEAUVAIS

CONSECRAVIT + L’A CONSACRE (LE CONSACRA)

A droite en bas on lit : Eugène ANCELLIN PAROCHUS LINEAVIT CURE LE DESSINA

A gauche en bas on lit : Arthur BEJOT * LAPIDARIUS STRUCSIT . TAILLEUR DE PIERRE LE BATIT.

* Mon grand père, il représentait la 3° génération de maçons dans notre famille. En fait leur métier de base était « plâtrier-couvreur ** » et j’étais le 5° maillon de cette chaîne qui s’est éteinte avec ma prise de retraite. ** Plâtrier-couvreur : un métier qui permettait de travailler en toutes saisons et souvent ils participaient à des chantiers comme tâcherons.

J. Cébé. 030313..