Lundi 8 juin 2015 — Dernier ajout mardi 9 juin 2015

Homélie du 7 Juin 2015 Enregistrer au format PDF

Homélie

« Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! » Le Psaume 115 qui vient d’être chanté nous dit la douleur de Dieu face à la souffrance des hommes. Le scandale de la souffrance entrave souvent l’élan de la prière et de la foi dans bien des cœurs. Les tombes de ces soldats morts dans la violence ont beau être marquées de croix ou de stèles, cela n’y change rien ; que faisait Dieu ici il y a 100 ans ? Permettez-moi d’esquisser une réponse : « ceci est mon sang, le sang de l’alliance, versé pour la multitude ! » Ce sont les paroles du Christ dans l’évangile. Dieu avait donc répondu bien avant cette bataille et ce plateau du bord de l’Aisne. Il y a 2000 ans Dieu avait répondu par son Fils, mais voilà à chaque époque mais plus encore en la nôtre, l’homme oubli, le message se dilue, se perd dans le coin d’un cœur, dans la périphérie d’une société qui ne sait plus où placer le divin dans sa maison.

C’est ce qu’a osé dire le Pape Benoît XV, le pape de la grande guerre dans sa lettre Encyclique : (Ad beatissimi Apostolorum Principis du 1er novembre 1914) « Mais, hélas ! Il en va bien autrement parmi les hommes de notre temps. Jamais peut-être, plus que maintenant, on n’a parlé de fraternité humaine : on n’hésite même pas à laisser de côté les enseignements de l’Evangile, l’œuvre de Jésus-Christ et de l’Eglise, et à prétendre, quand même, que ce zèle pour la fraternité est un des fruits les plus précieux de la civilisation moderne. Cependant, à dire vrai, jamais la fraternité n’a été moins pratiquée que de nos jours. Les haines de race sont portées au paroxysme ; les peuples sont divisés par leurs rancunes encore plus que par leurs frontières ; au sein d’une même nation et dans les murs d’une même cité, les différentes classes de citoyens se jalousent mutuellement, et chez les individus tout est réglé par l’égoïsme devenu la loi suprême. » Bien que cent années séparent ce texte de notre époque on ne peut qu’être frappé au-delà d’un style qui a vieilli de la pertinence de l’analyse du pape de la Paix. Avec les mots d’aujourd’hui, ce qu’il explique à ses contemporains pourrait se résumer ainsi : ce n’est pas Dieu qu’il faut accuser de ne pas solutionner les maux de son époque ; ce sont les hommes qui doivent s’interroger sur la place qu’ils font encore au message évangélique dans leur quotidien !

« Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix. » Ce passage tiré de la première lecture de ce jour nous dit quelque chose. Quand Dieu regarde la jeunesse elle est comme orientée naturellement vers la paix. Il revient aux ainés, aux anciens d’orienter ces jeunes vers la paix ! Comment ? Un 1er aspect serait la mémoire : Nous en avons vécu un exemple magnifique lors de ces deux représentations du son et lumière des hommes debout à Moulins-Sous-Touvent hier et avant-hier soir, quelque chose sera différent désormais dans les cœurs et les vies de beaucoup, merci pour cela ! La mémoire nous l’avons compris ne consiste pas seulement en évocation de l’histoire mais bien en la digestion de celle-ci, vivre d’elle pour savoir où tracer les chemins de demain. Un jeune, un enfant, sans mémoire, sans racines est un jeune, un enfant sans origine qui ne peut donc que difficilement aller de l’avant !

Un second aspect serait l’exemple : Nous voyons bien en quoi cela consiste. Communiquer des valeurs justes et vraies, la jeunesse par ses idéaux y croit sans hésiter. Là encore je me permets de l’illustrer en évoquant le dépôt de gerbes au court duquel nous avons entendu retentir ici l’hymne Allemand, nous avons aussi entendu la première lecture du livre de l’Exode dans cette même langue. La réconciliation Franco-Allemande est bien le fruit d’un idéal désiré, puis réalisé par nos pères, ils y ont cru et l’on fait. Les gestes simples de ce jour l’incarnent avec simplicité et joie.

Toutefois permettez-moi d’évoquer le chemin qui reste à parcourir. Si souvent comme ainés et adultes, comme pères et mères, comme époux et épouses, comme collèges de travail, comme citoyens nous nous dédouanons de demeurer des modèles de vie, des exemples à l’image de ce que furent nos pères de ce que sont les Saints de l’Eglise ! Regardons pour nous en convaincre la puissance d’exemplarité d’un seul homme au travers de notre bon Pape François. Il attire et fascine, bien au-delà des frontières de l’Eglise. Il apparait libre de pensées et d’actions dans une société qui est enfermée bien vite dans des contraintes qu’elle croit impossible à changer. Le pape rappelle par sa vie aux chrétiens que nous sommes qu’il nous appartient d’être justes et vrais, honnêtes et travailleurs, exemples de vie droite et morale ; faisons-le ensemble semble-t-il nous murmurer avec tendresse au coin du cœur.

Père Jean Frédéric

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